20 janvier 2012
Sortie du livre Le Déplacé aux éditions de l’Aube.

28 janvier 2012
Signature à la librairie Les Volcans de Clermont-Ferrand, de 14 h à 18 h.

Samedi 11 février 2012 Participation à l’émission "Chroniques Rebelles" sur Radio Libertaire de 13 h 30 à 15 h 30.


Le déplacé

Un avocat français, militant révolutionnaire déçu, est chargé d’une étrange mission au Liban. Il s’agit de retrouver la trace d’un nommé Elias Kassem qui a disparu au cours de la Guerre du Liban lors des affrontements entre Druzes et Chrétiens.

Le silence, la gêne de ses interlocuteurs, les obstacles rencontrés, lui font vite comprendre que cette disparition – ce « déplacement » – est beaucoup plus mystérieuse qu’il n’y paraît.

D’un monastère au-dessus de la baie de Jounieh jusqu’aux montagnes du Chouf, en passant par un Beyrouth en reconstruction, il découvrira la réalité de la guerre, ses atrocités et la difficulté pour les différentes communautés à revivre ensemble après s’être massacré entre voisins.

Récit contre la guerre porté par une belle écriture, ce livre est aussi une quête initiatique. Comment ne pas être un déplacé dans une société tragique où l’être humain a si peu d’importance ?

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Commentaires

Culture et Révolution (6 février 2012)

Avec « Le Déplacé », Denis Langlois nous offre un récit très personnel qui a les qualités d’un roman limpide, au plus près des émotions et de la vie des gens qu’il a rencontrés au Liban en 1998.

Qu’allait-il faire dans ce pays marqué par quinze ans d’’affrontements atroces et où la paix est encore aujourd’hui toute relative ? Denis Langlois a traversé une crise personnelle dont il parle sobrement mais sans détours. Lui, l’avocat des droits de l’homme, le militant antimilitariste de toujours, a senti un jour que son idéal d’un progrès d’ensemble possible, d’une transformation révolutionnaire de la société, avait pris un coup de vieux. Le sens de sa vie s’en trouvant ébranlé, son seul allié fut le hasard qui à la suite d’’une rencontre l’a poussé à se rendre au Liban à la recherche d’un certain Elias Kassem dont sa mère avait perdu la trace au cours de la guerre. Sa femme et ses deux enfants avaient été massacrés lors d’un des affrontements entre Druzes et Chrétiens.

Au cours de son enquête que le lecteur dévore d’une traite, l’auteur découvre un pays enlaidi par un bétonnage effréné et affaibli, avec une population qui a bien du mal à soigner ses plaies les plus profondes pour « tourner la page ». Denis Langlois aime ce qui est aimable chez les personnes diverses qu’il rencontre. Il affronte toutes les réalités sans faux-fuyants. Il ne croit plus aux grands discours, mais le meilleur de ses convictions est intact et s’en trouve même consolidé par cette précieuse expérience.

Samuel HOLDER

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Radio Libertaire (11 février 2012)

EMISSION "CHRONIQUES REBELLES"

En refermant "Le Déplacé" de Denis Langlois, les questions fusent. Questions sur la situation au Moyen-Orient, sur les enjeux qui s’y jouent encore et encore, sur les religions orchestrées pour justifier les horreurs, mais peut-être et avant tout sur les différences de classes et le pouvoir qui génèrent les conflits, comme sur le pourquoi de la barbarie et son retour possible lorsque le silence et l’occultation occupent l’espace de l’analyse…

On bétonne, on bétonne au Liban… Et les morts sont restés sous ces couches de béton… Les politiques tentent par un vaste chantier de recouvrir la mémoire collective, de même qu’ils veulent ignorer les interrogations sur les quelque 150 000 disparu-es qui demeurent une énigme douloureuse pour les proches confrontés au silence des responsables. « C’est le passé », disent certains et certaines, mais on ne tourne pas une longue page d’histoire violente en se défaussant par une phrase toute faite traduisant l’indifférence et la mauvaise foi.

En lisant "Le Déplacé", on touche à une réalité, celle de l’après affrontement, de l’après barbarie au Liban. À partir d’un cas particulier, celui de la disparition d’Élias Kassem et du massacre de sa famille, c’est le contexte libanais et, plus généralement, des pays déchirés par la guerre civile et les violences militaires qui est abordé dans ce récit. Le Déplacé — en l’occurrence les déplacés — est un récit où les frontières s’estompent entre fiction, enquête documentaire sur les conséquences de la guerre civile et introspection personnelle. C’est aussi la découverte d’un pays, le Liban, bien loin des clichés habituels, rencontre impossible à imaginer si l’on n’a pas vécu dans le pays des cèdres, la « Suisse du Moyen-orient » comme l’ont rêvé certains politiques.

Alors, que s’est-il passé entre 1975 et 1990 ? Pourquoi ces massacres et le basculement dans la barbarie ? Pourquoi le laisser faire ? Pourquoi la destruction des maisons ? « Aussi longtemps qu’il n’existera pas de réponse à ces questions, aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’un côté une reconnaissance de culpabilité personnelle et de l’autre un pardon, il ne pourra pas y avoir de véritable réconciliation, [explique une jeune femme druze au cours du récit]. Les tensions subsisteront. Les non-dits, c’est le plus lourd à porter. Non seulement pour les victimes, mais aussi pour les coupables. Ils croisent dans la rue ceux dont ils ont massacré la famille ou pillé la maison. Ils ont peur. » Une autre question jalonne tout le récit : combien sommes-nous à penser que la guerre détruit les humains et la nature ?

1998. À la recherche d’Élias, intellectuel antimilitariste, déplacé, disparu, mort ou survivant par hasard d’un massacre insoutenable, c’est la trame du récit. Le mot clé ? Le hasard qui revient sans cesse au gré du récit, c’est le fil rouge d’une quête à plusieurs volets dans un Liban où la reconstruction se fait à marche forcée, dans le déni des souffrances de la guerre civile. Il faut passer à autre chose, le pouvoir change de mains, mais ne se partage pas, le fric non plus…

Le «  théâtre » de la réconciliation se joue un peu partout dans les villages, dans les bourgs, mais peut-on pour autant oublier les disparu-es ? Est-il possible de se reconstruire en vivant auprès des assassins ? Comment ne pas ressentir le besoin de vengeance lorsque la douleur de l’incompréhension et l’absence sont trop fortes ? Comment oublier les visages, les gestes de ceux qui ont abattu froidement des familles entières ? Ils étaient des voisins, des amis… C’est certainement la question essentielle puisque la barbarie se reproduit, se perpétue, ailleurs…

Christiane PASSEVANT

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Critiques Libres (25 janvier 2012)

DANS LES TRACES DE LA GUERRE DU LIBAN

C’est un livre qui parle de la guerre, mais aussi de la désillusion. L’auteur, Denis Langlois, avocat et militant révolutionnaire – nous sommes en 1998 – traverse une période de déception. Il doute – on le comprend – qu’une société libre, juste et fraternelle puisse un jour exister. Privé de toute boussole, il se trouve réduit à se fier au hasard.

Et le hasard lui fait signe sous la forme d’une étrange mission qu’une femme lui confie : retrouver son fils Élias Kassem qui a disparu pendant la guerre du Liban.

L’auteur accepte immédiatement, sans réfléchir. Peu de temps après, il se retrouve au Liban.

Première découverte : Beyrouth et les autres villes sont en totale reconstruction, sans aucune préoccupation écologique.

Deuxième découverte : la guerre terminée officiellement en 1990, après 15 ans d’affrontements, est loin d’être finie. Elle a été internationale avec la participation des Palestiniens, des Israéliens et des Syriens, mais elle s’est surtout déroulée entre les différentes communautés religieuses libanaises. Une guerre civile qui a vu des gens apparemment civilisés sombrer dans la barbarie la plus complète et se massacrer entre voisins, parfois entre amis.

Cette guerre-là est toujours présente, car la réconciliation ne se décrète pas, même si le gouvernement libanais s’attache à organiser des cérémonies où les anciens ennemis se serrent la main ou même s’embrassent sous les flashes des photographes ou devant les caméras de la télévision. Il faudrait d’un côté une reconnaissance de culpabilité et de l’autre un pardon. Ce n’est généralement pas le cas.

Retrouver la trace d’Élias Kassem dans ces conditions n’est guère facile. Les bouches se ferment d’autant plus qu’Élias, seul survivant d’une famille qui a été massacrée, a adopté une attitude différente de celle de ses coreligionnaires, les chrétiens. Il a refusé de participer à toute tuerie. Pacifiste, objecteur de conscience – comme l’auteur précisément – il a été rejeté, mis à l’index, brimé, injurié, agressé par les milices. Il est devenu « Élias le dégonflé », celui qui par lâcheté refuse de venger ses morts et de défendre par les armes le territoire communautaire.

La recherche d’Élias est donc pleine d’embûches, elle est aussi pour l’auteur une quête initiatique dans un pays encore en guerre. Pacifiste convaincu, il était allé en ex-Yougoslavie et en Irak, mais là c’est autre chose.

Du monastère de Jounieh où Élias s’est un moment réfugié, jusqu’aux montagnes du Chouf, en passant par Beyrouth et le Palais du chef druze Walid Joumblatt, l’auteur va découvrir l’horreur des guerres civiles et en plus religieuses. La guerre de la montagne entre Druzes et Chrétiens s’est déroulée en 1982-83. Elle a fait plusieurs milliers de morts et provoqué l’exil de 150.000 chrétiens, puisque ce sont eux qui ont perdu cette guerre et ont dû quitter les montagnes du Chouf où ils vivaient apparemment en bonne entente avec les Druzes.

Les témoignages que l’auteur recueille sont terrifiants : « Ici, dans la pièce où vous vous trouvez, il y a eu trois morts. Mon père et deux de mes tantes. Mon père n’est pas mort tout de suite. Il a reçu une balle sous le menton. Il a attendu les secours. En fait de secours, c’est l’homme qui l’avait blessé qui est revenu et l’a achevé. Regardez les trous dans les murs et dans le montant de la porte-fenêtre. »

Où se cache Élias dans ce chaos ? Il est revenu dans son village de Maasser-ech-Chouf, dans la maison où sa femme et ses deux enfants ont été massacrés, mais il se révèle introuvable. Je ne dévoilerai pas la fin du livre, de ce suspense, mais aussi de cette descente aux enfers.

Le titre du livre « le Déplacé » s’éclaire au fil du récit. Au Liban, ceux que l’on a chassés de leurs villages ou de leurs villes sont appelés pudiquement des « personnes déplacées ». Élias est donc un déplacé. Mais peu à peu l’auteur est amené à se poser la question. Dans ce monde barbare et cruel où nous vivons, ne sommes-nous pas tous plus ou moins des déplacés ? Des fuyards ?

Un livre fort qui vous prend aux tripes. Une écriture belle et simple, mais surtout efficace. La lecture du « Déplacé » ne vous laissera pas indemne, comme la rédaction de ce livre par Denis Langlois n’a pas dû le laisser indemne, puisqu’en rentrant du Liban il n’a pas regagné Paris, mais s’est installé dans un petit village de la montagne auvergnate.

Un livre en tout cas que l’on ne referme pas quand on a commencé à lire les premières pages. Les pacifistes et en général les humanistes y trouveront des raisons à la fois de désespérer et d’espérer. La barbarie humaine est présente à peu près partout, mais dans chaque communauté, dans chaque camp, il se trouve des individus qui ne sont pas d’accord, qui brisent la fausse solidarité du groupe, qui refusent de tuer ceux que l’on considère comme des ennemis et prennent pour cela des risques.

Il arrive que l’être humain parvienne à se réconcilier avec les autres et donc avec soi-même. Il arrive qu’il cesse d’être un déplacé.

L. BREUIL


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Premiers chapitres


Eglise de Maasser en 1998


Barouk


Village de Maasser ech Chouf en 1998


Montagne du Chouf


Monastère au dessus de Jounieh



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